Patrick Simkins s’interroge sur la fugacité de l’existence et la possibilité d’un nouveau mode de vie, en harmonie avec l’ensemble du monde vivant. Son processus artistique émane d’abord de son questionnement face au flux d’images qui circulent sur les réseaux sociaux. Ceux-ci auraient-ils pris la place des interactions sociales dans la vie réelle ? Ne prenons-nous plus de temps à nous consacrer aux écrans qu’à vivre en phase avec la réalité ? Telles sont les questions que pose l’artiste.
A partir d’images glanées sur le net superposées dont le résultat lui inspire une possible cohérence, il réalise des dessins, face auxquels tout un chacun peut y découvrir des formes qui s’imbriquent : une démarche semblable au dessin automatique. Patrick Simkins fait émerger des situations quelque peu étranges qui inspirent une certaine inquiétude face au bouleversement climatique, à l’état de la planète que nous laisserons aux générations à venir. Le spectateur peut se raconter des histoires, s’accorder un moment pour percevoir des plantes qui poussent, certaines en pots…
En prenant le temps d’observer ses dessins et ses peintures, des formes sphériques se donnent à lire. Il s’agit de bulles, deballons, d’œufs, d’éléments en transition symbolisant une forme de fertilité empêchée. Nous savons que nous faisons partie du vivant et que nos actions envers la planète ont chacune une place déterminante. Or, nos idées restent flottantes et il serait urgent de passer à l’action, d’aller de l’avant, de « faire sa part » du colibri, pour reprendre la philosophie de Pierre Rabhi. Tels sont les messages que souhaite faire passer l’artiste.
Dans ses œuvres plus récentes, une pousse végétale émerge de la planète terre. « L’œuf et la planète semblent être une seule et même chose. La fertilité des humains et celle de la planète sont interdépendantes » pour Patrick Simkins. Celui-ci tend à nous faire prendre conscience de certains paradoxes : un désir de relations avec la nature et la volonté de la contrôler.
Dans sa série actuelle, Wild Garden, commencée le jour de la naissance de son fils, il rend compte de nos envies de restaurer notre sensibilité aux éléments naturels, de les apprécier, de prendre le temps de les connaître pour mieux les préserver. Au-delà d’une réflexion sur la perte d’une relation physique à la nature, il s’agit pour l’artiste de nous inciter à envisager l’importance des rapports humains, enrichissants et constructifs.
Attardons-nous plus précisément sur ces peintures. Celles-ci présentent de forts contrastes de couleurs, attirent notre regard autant qu’elles peuvent susciter un certain dérangement. S’y dégage une atmosphère à la fois joyeuse, proche d’un futur désirable et d’un monde quelque peu inquiétant. Nous songeons alors à l’état de la planète que nous laisserons aux générations à venir.
Tel un jardinier, l’artiste a fait de son atelier le lieu d’un compostage de ses œuvres picturales. Pour cette exposition à la galerie du Haut Pavé, Patrick Simkins crée « un jardin de rocailles ». Des plantes réalisées à partir de toiles recyclées, insérées chaque sur un fragment de bitume, suscitent notre interrogation : quelles nouvelles espèces pousseront sur une terre devenue infertile ? Quels végétaux s’adapteront au changement climatique ? Certaines « fleurs-rochers » ont été préalablement confiées à des visiteurs qui pourront tout au long de l’exposition choisir de les faire dialoguer avec les peintures afin de faire grandir l’installation.
La galerie devient alors le lieu où idées et points de vue se partagent… Y sont présentées ses œuvres de différents médiums, chacune constituant le point de départ d’une autre, à l’image des différents gestes écologiques que nécessite l’entretien d’un jardin en suivant le rythme des saisons. Ses esquisses font écho à la nécessité de préparer la terre pour commencer un jardin. Ses dessins collages, métaphore de la germination des idées à l’atelier, renvoient auxpremières poussent du printemps. Ses peintures suggèrent la saison estivale tandis que ses œuvres réalisées à partir de découpage et de réassemblage d’anciennes toiles font allusion à la saison automnaleet à la litière de feuilles fortes.
Ainsi, Patrick Simkins tend à nous questionner sur les actions que nous pouvons entreprendre pour un futur soutenable. Face à nosincertitudes, cultivons la joie, l’empathie et l’entraide afin de stimuler une mise en mouvement, une participation active face aux enjeux actuels.
Pauline Lisowski
Critique d'art,
Membre d'AICA
Patrick Simkins reflects on the fleeting nature of existence and the possibility of a new way of living, in harmony with all forms of life. His artistic process stems from his questioning of the stream of images circulating on social media. Have they taken the place of real-life social interactions? Do we now spend more time on screens than in tune with reality? These are the questions the artist raises.
Working from images collected online and layered together, Patrick Simkins creates drawings in which one can discover interlocking forms—an approach akin to automatic drawing—the combined result ultimately suggesting a new, coherent image to him. The artist conjures up some strange situations that evoke anxiety about climate disruption and the state of the planet we will leave to future generations. The viewer is invited to invent stories, to pause and notice plants growing, some of them in pots…
Spherical shapes begin to appear from his drawings and paintings. These take the form of bubbles, balloons, eggs—elements in transition that symbolise a kind of thwarted fertility. We know that we are part of the living world and that each of our responses to the planet plays a decisive role. Yet our ideas remain suspended, and it is urgent to take action, to move forward, to “do our part,” like the hummingbird in Pierre Rabhi’s philosophy. These are the messages the artist seeks to convey.
In his more recent works, a plant shoot emerges from the round shape of the Earth. “The egg and the planet seem to be one and the same. “Human fertility and that of the planet are interdependent,” says Patrick Simkins. He invites us to consider certain paradoxes: a desire to connect with nature alongside a will to control it.
In his current series, Wild Garden, begun on the day of his son’s birth, he expresses our desire to become more sensitive to natural elements—to appreciate them, to take the time to understand them in order to better protect them. As well as reflecting on the loss of a physical relationship with nature, the artist encourages us to consider the importance of human relationships, which are both enriching and constructive.
Let us look more closely at these paintings. They present strong colour contrasts, capturing our attention while also creating a sense of unease. An atmosphere emerges that is at once joyful—close to a desirable future—and somewhat unsettling. We are then led to reflect on the state of the planet we will leave to future generations.
Like a gardener, the artist has turned his studio into a place where his pictorial works are “composted”. For this exhibition at the Galerie du Haut Pavé, Patrick Simkins creates a “rock garden”. Plants made from upcycled canvases, each growing from a fragment of asphalt, prompt us to ask: what new species will grow on land that has become infertile? Which plants will adapt to climate change? Some of these “rock-flowers” have previously been entrusted to visitors, who throughout the exhibition can choose to ‘plant’ them and make them interact with the paintings, thus allowing the installation to grow.
The gallery therefore becomes a place where ideas and viewpoints are shared. Works in different media are presented, each serving as the starting point for another, in the same way as a garden grows in rhythm with the seasons: His sketches echo the need to prepare the soil before starting a garden. His collage drawings, a metaphor for the germination of ideas in the studio, recall the first shoots of spring. His paintings suggest the summer season, while his works created by cutting and reassembling old canvases allude to autumn and the thick layer of fallen leaves.
In this way, Patrick Simkins encourages us to reflect on the actions we can take toward a sustainable future. In the face of uncertainty, let us cultivate joy, empathy, and mutual support in order to foster active engagement with the challenges of our time.
